Maison en indivision entre frère et sœur : droits, gestion et sorties pas à pas
Au sommaire
- En bref
- Indivision : ce que cela veut dire, simplement
- Vos droits et vos obligations au quotidien (charges, impôts, travaux)
- Mettre de l’ordre sans se perdre: la convention d’indivision
- Indemnité d’occupation: quand elle s’applique et comment la calculer
- Sortir de l’indivision: les solutions amiables (et leurs effets)
- Quand la discussion bloque: mise en demeure et procédure judiciaire
- Héritier injoignable, absent ou insolvable: quoi faire, sans improviser
Une maison héritée en indivision entre frère et sœur peut fonctionner, à condition de poser très vite des règles simples sur la gestion, l’occupation et la sortie possible. Vous avez des droits sur le bien, mais aussi des obligations sur les charges, les travaux et les décisions, et c’est souvent là que naissent les tensions. Voici une méthode pragmatique pour reprendre la main, éviter l’escalade et choisir la solution la plus adaptée à votre situation.
En bref
- Chacun détient une quote-part de la valeur du bien, pas « sa » pièce ou « son » étage.
- Sans organisation (convention, compte commun, règles d’occupation), les conflits et la perte de valeur par défaut d’entretien arrivent vite.
- Si un seul occupe, une indemnité d’occupation peut être due, calculée à partir d’une valeur locative objective.
- Sortir est un droit (sauf pacte de maintien) : vente amiable, rachat de parts, SCI, ou en dernier recours procédure judiciaire.
Indivision : ce que cela veut dire, simplement
L’indivision, c’est une propriété commune d’un même bien immobilier. Chacun est indivisaire et possède une quote-part exprimée en pourcentage de la valeur totale. Point clé à avoir en tête: cette quote-part ne correspond pas à une portion physique de la maison.
Le cadre général est posé par les articles 815 et suivants du Code civil. Deux idées pratiques en découlent: d’une part, chaque indivisaire peut demander à sortir de l’indivision, sauf si un pacte de maintien a été prévu. D’autre part, impôts, charges et conséquences financières suivent la quote-part.
Vos droits et vos obligations au quotidien (charges, impôts, travaux)
La première source de désaccord, ce n’est pas la valeur de la maison, c’est « qui paie quoi ». En indivision, certaines dépenses peuvent être réclamées à l’ensemble, et l’administration peut se tourner vers l’héritier le plus solvable. C’est ce qu’on appelle la responsabilité solidaire, et il vaut mieux l’anticiper plutôt que la découvrir au pire moment.
Sur le plan fiscal, la logique est proportionnelle: la répartition des impôts et, le cas échéant, de la plus-value lors d’une cession se fait selon les quote-parts. Si la maison est louée, les revenus fonciers sont également répartis entre indivisaires.
Pour les travaux, je vous recommande une distinction très concrète, qui désamorce beaucoup de conflits: les travaux indispensables (ceux qui évitent la dégradation du bien) relèvent de la prise en charge commune, tandis que les embellissements (ceux qui améliorent le confort sans être nécessaires) restent en principe à la charge de celui qui en profite. Et dans tous les cas, un défaut d’entretien finit par coûter cher, car il pèse sur la valeur du bien.
Mettre de l’ordre sans se perdre: la convention d’indivision
Quand une fratrie me sollicite, ma première question est simple: « Avez-vous écrit des règles ? ». Sans convention d’indivision, on se retrouve à décider au cas par cas, avec la fatigue, l’émotion et l’impression d’injustice.
Une convention, rédigée par un notaire, sert à cadrer la gestion et à éviter que chaque décision devienne un bras de fer. Elle peut notamment prévoir une durée, une répartition financière, des règles de majorité et la désignation d’un gérant. Dans la vraie vie, c’est souvent le document qui permet de passer d’un héritage subi à une organisation pilotée.
- Fixer les règles: répartition des charges et revenus, règles de décision, clause de médiation.
- Encadrer l’occupation: calendrier, usage, indemnité d’occupation si un seul profite de la maison.
- Suivre l’argent: contributions inégales tracées, compte commun, rapport annuel validé par la majorité.
Petit retour de terrain, côté Paris et proche banlieue: dans les familles où un héritier « avance » des paiements (assurance, taxes, petites réparations) sans trace claire, le conflit vient rarement de la somme, mais du sentiment d’opacité. La convention et un compte commun règlent ce point sans dramatiser.
Indemnité d’occupation: quand elle s’applique et comment la calculer
Vous vous demandez si l’un de vous peut « vivre gratuitement » dans la maison héritée. En pratique, lorsqu’un seul indivisaire occupe le bien, les autres peuvent demander une indemnité d’occupation pour compenser l’avantage dont il bénéficie.
Le calcul repose sur une valeur locative neutre: une estimation objective du loyer de marché, sans biais familial. On tient ensuite compte de la durée d’occupation et de la quote-part de l’occupant. Les travaux indispensables peuvent, dans certains cas, venir en déduction, contrairement aux embellissements.
Le plus simple est de prévoir cette indemnité dans la convention d’indivision. Si l’accord n’est pas possible, on passe généralement par une mise en demeure, puis une demande au juge en cas de refus persistant.
Sortir de l’indivision: les solutions amiables (et leurs effets)
Sortir de l’indivision n’est pas une rupture familiale, c’est souvent une mesure d’hygiène. Le droit de demander la sortie existe, sauf pacte de maintien, et il vaut mieux regarder les options avant que l’urgence n’impose la pire.
| Option | Ce que vous faites | À anticiper |
|---|---|---|
| Vente amiable | Estimation, mise en vente, compromis, acte définitif, puis partage du prix selon les quote-parts | Frais liés à la vente (notaire, éventuelle agence), fiscalité de plus-value possible |
| Rachat de parts | Un frère ou une sœur rachète la quote-part de l’autre sur la base d’une valorisation du bien | Financement (souvent emprunt), frais notariés de cession de parts |
| SCI | Transformer la détention en société pour faciliter gestion, cessions et transmission | Formalités, coûts de création et de gestion, conséquences fiscales |
Un point à ne pas négliger: la vente de quote-part ne se fait pas dans le dos des autres. Il existe une obligation d’information et un droit de préférence au profit des cohéritiers, avec une procédure et des délais pratiques. C’est souvent une soupape utile, car elle permet à la fratrie de se réorganiser avant l’arrivée d’un tiers.
Quand la discussion bloque: mise en demeure et procédure judiciaire
Quand l’amiable échoue, le partage peut être demandé au tribunal, dans le cadre des articles 815 et suivants. On commence généralement par une mise en demeure pour exiger une réponse claire: contribution aux charges, accord sur l’occupation, ou choix d’une sortie (vente, rachat, etc.). Si cela ne bouge pas, le juge peut ordonner une expertise et décider d’une attribution ou d’une vente judiciaire.
La vente judiciaire est souvent défavorable: elle prend du temps, elle coûte (avocat, expertise, frais de justice), et elle peut entraîner une décote en vente forcée. Sans compter la dimension humaine, car une procédure fige les positions et abîme durablement les relations. Mon conseil est donc très concret: utilisez la procédure comme un cadre de dernier recours, mais essayez d’abord de verrouiller une organisation minimale (compte, règles, preuves écrites) pour négocier en sécurité.
Héritier injoignable, absent ou insolvable: quoi faire, sans improviser
Si un frère ou une sœur ne répond pas, commencez par des démarches traçables: recherche de contacts, courriers recommandés, et constitution d’un dossier de preuves. L’objectif est double: relancer proprement et documenter vos efforts si une étape judiciaire devient nécessaire.
- Formaliser: courrier recommandé, puis mise en demeure avec un délai raisonnable.
- Protéger le bien: conserver factures et décisions, prioriser les travaux indispensables.
- Si blocage total: demander au juge la désignation d’un mandataire judiciaire pour représenter l’absent.
Si l’un des indivisaires est insolvable, le sujet doit être posé tout de suite: qui avance, comment on le trace, et comment on évite que l’injustice perçue ne fasse exploser la gestion. Là encore, la convention et le suivi des contributions sont vos meilleurs garde-fous.
« En indivision, ce qui sauve une fratrie, ce n’est pas d’être d’accord sur tout, c’est d’avoir des règles claires, des comptes traçables et un calendrier de décisions. »
Le Paris de l’Immobilier vous accompagne volontiers pour préparer votre première réunion familiale, lister les décisions à prendre et poser des bases lisibles avant d’aller chez le notaire. Vous gagnez du temps, et surtout vous évitez que l’indivision devienne un conflit permanent faute de méthode.

